Je suis multiple, née d’une hybridité animale. Une combinaison fantastique souffrant et jouant de ses paradoxes, de ses impossibilités. Mi-panthère, mi-louve.

Libre, sauvage et solitaire, j’observe et guette avec patience, famélique. Tapie, on m’oublie. Je chaloupe, clignant des yeux de douceur noire : je dupe, pattes de velours, dissimulant ma rage acérée, échafaudant mon plan d’attaque. Refusant l’écuelle du Grand Cirque, la parade de la férocité domptée, la cage de l’illusion aux cent pas tourmentés, je vis d’urgences et de risques. Alors je surgis au combat sans laisser de chance, rugissante, agressive, toutes griffes dehors, fauve hirsute à l’instinct bestial et égocentrique. Imprévisible trajectoire, je cours à vitesse vertigineuse, incontrôlable, hors les radars. Jusqu’à l’apaisement. Rassasiée de la mise à mort cruelle. Survivre en solitude. Moi d’abord.

J’aime la meute et ma tanière rassurante. Les petits, bien nourris, jouent au loup-garou. Je veille comme une cheftaine scoute. Léchant de bienveillance les pelages insouciants. Agacée de leurs pattes maladroites, j’éduque. Je suis l’Alpha, je suis le guide, hurlant le rassemblement, mère entourée à l’instinct prévisible et responsable. Plissant le regard vers la montagne, je vise l’horizon du long terme. Agile, je cherche le chemin le plus sûr, protégeant les miens, contrôlant la trajectoire. Retroussant les babines au danger. Lui faisant face, préférant l’intimidation au combat à l’issue incertaine, évitant aux miens la triste errance des orphelins. Je sécurise leur monde. Efflanquée de mon ego oublié, je promets le meilleur morceau pour ma meute. Sans elle, je ne suis que l’Oméga solitaire. Survivre en lien. Eux d’abord.