Mouvements encadrés

Tout juste cadré, métallique alambiqué de fils, un œil sur eux dans la rue. Planqué par la hauteur et des œillères de chaque côté, dessus et dessous aussi. Big brother is watching. Leurs mouvements sans les ampleurs matés par l’immobile système. Je suis hors champ.

Une masse verte s’impose, et quand je dis verte, c’est de verts pluriels poudrés de jaunes, d’ocres et de marrons morts pourtant caducs dont je parle. Une branche, une mini branche bouge plus qu’au vent. Un intrus – est-il écervelé ? – crochète les brindilles et s’envole, disparaissant du cadre, passant insouciant dans le champ.

À nouveau l’immobile élancé et crème, béton percé de regards que j’imagine derrière les voiles. Certains sont empêchés, ou absents derrière les volets clos. Le noir ? Partout des barres, garde-corps qui rendent la chute volontaire sinon la préviennent.

Soudain, un autre mouvement : des vies qui passent, des vies intérieures, protégées par les carrosseries. Je ne les capte pas depuis mon intérieur. Elles glissent dans le cadre, circulant en diagonale et subitement arrêtées par le feuillage qui semble les engloutir. Bouffée d’oxygène malgré elles. Il n’y a que moi pour leur attribuer ce bain de verdure bientôt triste. C’est l’automne.

Pour en finir, je monte au ciel. Son lent mouvement amorce une danse maussade et ennuyeuse. Rien d’une tempête, juste quelques gris bleus se défilant doucement, l’air de rien. Et pour donner le change, quelques traînées blanches jouent les espoirs éphémères. Il ne pleut pas encore. Demain, je regarderai à nouveau.