Désunis dans leur chorégraphie égocentrique et silencieuse, les nuages se muent et filent en vitesse accélérée, passent en un éclair. Dans un ballet mouvementé, les créatures éphémères se débattent mais ce qui est n’est déjà plus. Furtivement au monde.

Je suis un photographe de nuages.

Celui qui arrête leur fuite, qui éternise leurs fantaisies, leurs chimères. Celui qui dérobe et scelle l’instant extrême, celui qui démantèle le moment.

Je suis le bonimenteur de vos temps. Je vous offre l’impossible, l’immortalité du présent. Mes épreuves sont en couleur et vous illusionnent. Je mets la vie en suspension, dans un joli cadre doré. Tout le monde est content et pointe de son doigt la beauté d’un visage dans la lumière.

Clic

Ah ! Pauvres mortels. Le cliché comme un refuge illusoire, boite noire de vos têtes d’autruches. Je suis le maître de vos mélancolies, le fossoyeur de votre vitalité, le pointeur de l’inévitable. Les souvenirs que j’épingle ricanent à vos oreilles quand vient le crépuscule, tissent le satin de vos cercueils, murmurent crescendo le chant des pleureuses. Vos enfants encadrés vous enterrent déjà. Vous êtes au ciel, soufflant sur mes nuages.

Claque