La guerre en bandoulière

Mes images

Traquent

 

Le vif des champs de bataille

Les montagnes de castagne

Les villages de poussière

Les saignées de l’exil

 

Et je passe au travers

 

Mes paupières écaillées

Glissent vers la terre

Poupin

Un jeune corps perdu

 

La lumière jaillit

Ma surexposition

Le reflex fixe

L’instantané

Au bout d’un souffle

 

Mais le dormeur du Val

Murmure encore

Dans une ultime seconde

« Maman »

 

Valse morbide et grise

Pelletées de sable au vent

On creuse

Dans les larmes d’une mère

Brisée, griffant la terre

On bâcle

La strophe pour les morts

 

L’exode dans les chemins

Reprend

Un refuge aux espoirs

Sous les nuages boiteux

L’Humanité perdue

 

La misère tout entière

Fuit

Traverse les frontières

Escalade nos murs

Implore la pitié

On tremble

 

Retenant une lumière

Repoussant le chagrin

La vie montée à cru

Dans la boue des fossés

On chevauche l’espérance

Mais le bruit

 

Au loin

Pourtant des montagnards

Livrent encore bataille

Et leurs cris de guerriers

S’essoufflent vers l’écho

Des prières des migrants

 

Qu’ils se taisent !

 

Soudain sur les talus

Les saccades imposées

Par un Dieu sans merci

La prière inutile

Le mal est au zénith

Des vies à nouveau

Tombent

 

Je ne vois rien à dire

Sinon claquer ma langue

Et fixer sur l’épreuve

Des soleils qui vacillent

 

Les lèvres gercées d’horreur

Les yeux d’un objectif

Témoigner

D’un cliché éternel

 

Alors

Je plonge

Dans l’infortune d’un visage émacié

Dessiner de son sang

Les contours d’un portrait

Et refermer enfin

Les yeux du combattant

 

Vous rapporter mes morts

Couchés sur un vélin

 

 

11 Mai 2017