Il faut y fourrer le nez. L’écraser voluptueusement dans les plis du cou du nourrisson. Ne laisser aucune chance à une odeur étrangère de venir s’immiscer. On l’exige intacte et pure. Alors on inspire large, rentrant légèrement les épaules pour y plonger. Et la bouche se plaque dans les écrins du petit cou charnu pour mieux en goûter le parfum. Les yeux fermés, on gonfle la cage thoracique, retenant l’odeur, par de brèves inspirations tant qu’on peut encore en emplir ses poumons.

 

C’est l’odeur originelle. Pleine. Bestiale et instinctive. Celle de la peau neuve, lisse, velouté, chargée de fraîcheur et de sueur sucrée. Celle d’un nectar angélique aux notes mélangées de petit-lait et de flocons de neige. Mystérieuse et offerte. Evidente et cachée. Elle n’envahit que si l’on s’approche.

 

C’est un parfum tactile qu’on ne sent qu’en touchant, fouillant, reniflant copieusement. Généreux mais enfoui. Il ne se livre que dans l’élan et l’avidité. Alors ! L’extase en trophée. Très vite, le manque et un soupir d’envie. Encore !

 

Car dès le premier instant, l’odeur est addictive. Une alerte chimique. Blanche comme une drogue. Tiède comme le ventre baigné du liquide nourricier. Planante et hypnotique comme le chant d’un chamane. Montée de dopamine. On y revient sans cesse, frénétique inhalant, toxicomane soumis. L’overdose provoquerait la morsure.

 

C’est l’odeur qui s’agrafe à la page du livret de famille. Marque-page olfactif, alchimiste d’un lien insondable. L’effluve impérissable de l’amour sans condition.